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Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.

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Palestine 2008

Tel-Aviv. L'avion se pose lourdement sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion. Les passagers -envolée de kipas et papillotes- se pressent en exhibant leur passeport israélien. Le passeport français reste au fond du sac. "Je ne m'en servirais jamais" exulte ce parisien venu en week-end en terre promise. La compagnie aérienne leur souhaite "un bon retour chez vous". Durant le voyage, l'un d'eux se plaignait des multiples agressions dont il était victime en France; ces affiches abjectes présentant des femmes à demi dénudées. Au moins en Israël, l'on peut vivre en paix. .. Nous autres "goys" devons montrer patte blanche et répondre aux questions lancinantes de la sécurité israélienne. Nous ne sommes pas les bienvenus..."chez eux".

La question de l'origine obsède l'israélien. "De quelle origine êtes vous ?". Etre né quelque part par hasard fait de vous un suspect. Il est vrai que la nation israélienne est factice. Tous les habitants de l'Etat juif se définissent selon leurs origines, chacun appartient à un clan, une communauté. Le seule unité de ce peuple hétéroclite c'est la haine de l'ennemi qui persiste à vouloir vivre chez lui: le palestinien. Le pays n'existe que par la guerre.

Jérusalem. Le portrait du mafieux franco-russe actuellement jugé par défaut en France s'affiche à tous les carrefours. Après avoir acheté l'équipe de foot, il entend devenir Maire de la ville. Il ne parle pas hébreu. Qu'importe:"Je ne parle pas, j'agis" martèle t-il. Cela ne suffit pas. Promettre de nouvelles colonies juives en terre palestinienne est plus porteur.

La vieille ville arabe de Jérusalem. Les drapeaux arborant l'étoile de David flottent avec insolence sur les toits. Autour du tombeau de Jésus, grecs orthodoxes et arméniens se battent à coups de poings et de cierges. Dieu est amour. devant le mur des lamentations, les soldats paradent fièrement, armes en bandoulière. Dieu est miséricordieux.

Paris. "Cessez cet amalgame entre juifs de France et Israéliens !". Le discours officiel est sans appel. Les juifs de France sont Français à part entière. Certes. Mais que penser de ces français à part entière qui adoptent volontairement la nationalité israélienne et cachent leur passeport français à l'aéroport. Plus troublant encore, que penser de ces quelques français à part entière qui s'enrôlent volontairement dans l'armée d'Israël -une armée en guerre- et qui reviennent exercer pleinement leur citoyenneté française.

Au chek-point, les soldats sur armés contrôlent, filtrent, font barrage et arrêtent au gré de leur humeur des pauvres gens qui passent d'une ville palestinienne à une autre. L'un deux parle excellemment le français. Il est français; à part entière. Au service d'une armée étrangère qui chaque jour viole allégrement les timides résolutions de l'ONU que la France a adoptées.

"La Palestine Libre, c'est dans 6 semaines, non ?". L'Europe et les USA l'avaient promis. Bernard Kouchner a assuré qu'il fallait y croire. A Bethléem, on ne croit plus au Père Noël. La Cisjordanie demeure cette prison à ciel ouvert emmurée et grillagée. A chaque carrefour et aux entrées des villes, les geôliers ouvrent ou ferment les portes. L'horizon est fait de miradors et de fils barbelés. Les colonies encerclent toutes les villes de Palestine totalement isolées. Un enfant devant partir en Europe s'interroge "L'Espagne c'est avant ou après le chek-point ?" Au delà du poste de contrôle, pour la majorité des enfants, c'est la Terre Inconnue. Difficile de se définir comme palestinien quand il n'y a pas d'Etat, que le pays est divisé, morcelé, séparé, oublié. La police palestinienne fait du zèle et collabore avec l'ennemi. On a peur de l'occupant. On craint aussi l'Autorité Palestinienne.

Les mouvements de solidarité ont laissé la place aux actions humanitaires, puis, petit à petit à la charité. Le commerce caritatif prospère en terre sainte. Le mur de séparation ? Y'a qu'à le décorer ! Les enfants traumatisés par la guerre ? On leur achète des jouets ! Le palestinien a vite compris que pour bénéficier d'une aide occidentale il ne faut plus condamner la force occupante. Chut, silence ! Quand le chômage sévit et que la pauvreté apparaît, on ne fait pas la fine bouche. Vive la "Charity Bisness"... Quand d'un côté l'on finance Israël pour l'achat des armes, on compense en achetant les pansements pour les victimes.

"C'est à quelle heure la prochaine messe ?" Ces chrétiens venus de France enfilent les messes et les prières. "Notre père" par ci, "Je vous salue Marie" par là. Un petit coup de "Via Dolorosa" et vite à la Nativité. Mais pas un regard pour les chrétiens de Palestine. Ah, bon ? Des arabes qui croient en Jésus ?... Priez, priez.

 

A Naplouse, le camp de Balata. La prison dans la prison: le mitard. En attendant de pouvoir, un jour, rejoindre la maison volée par Israël, les réfugiés s'entassent dans ce camp forcément provisoire depuis près de...cinquante années. 25.000 habitants sur 1 kilomètre carré, 3 écoles, 3 médecins, 3 mosquées et 1 cimetière. Pas de droit de vote; ils ne sont pas citoyens. Aucun service municipal; ils ne votent pas. Derrière le Mur, il y a d'autres murs et encore d'autres murs. Un labyrinthe sans issue de secours. Mais grâce à la généreuse aide internationale quelques enfants de ce camp pourront jouer du violon. C'est beau la musique, non ?

Hébron. Soudain l'armée se positionne. Prête à tirer. En face, des adolescents réagissent. Les commerçants ferment en hâte leur boutique. Les gamins ramènent des pierres blanches. David contre Goliath. Aujourd'hui, ils vont perdre la partie. Mais demain, si on les soutient enfin, ils pourront gagner. Une Palestine libre. Avec ou sans violon.

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