Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
La Maire de Lille invente à n'en plus finir des nouveaux lieux de concertation. C'est fou ce qu'on concerte à Lille. Nous avions les Conseils de Quartier et le Conseil Communal de Concertation, mais aussi le Conseil Municipal d'Enfants. Nous aurons en plus un Conseil des Jeunes, un Conseil des Aînés et enfin un Conseil des Résidents Etrangers (CRELI)
"Bientôt, ils vont créer un conseil des jolies blondes à forte poitrine au prétexte qu'elles sont sous représentées au conseil municipal !" raille un observateur attentif de la vie lilloise.
On a débattu de cette nouvelle instance lors du dernier conseil municipal avant les vacances. Comme d'habitude, Martine Aubry (surnommée la "maîtresse d'école" rue de Solférino) distribue les bons points et visse le bonnet d'âne sur la tête du député UMP, Sébastien Huyghe. Ce dernier avait soutenu qu'il aurait été préférable d'ouvrir les conseils de quartier aux étrangers plutôt que de créer une instance "ghetto" (je résume). Chti'Tine claque, alors, la tête de file de l'opposition en le qualifiant de bien mauvais député qui ignore les lois. C'est illégal, a t-elle lancé. (J'avais pourtant convaincu le PS, en 1995, de modifier le règlement lillois afin que les étrangers pussent siéger en toute légalité dans les conseils de quartier). Bref, deux jours plus tard, Sébastien Huyghe fait savoir que, vérification faite, la loi n'interdit nullement cette possibilité. Titine le savait bien ! Mais en séance, les nombreux juristes de l'UMP n'avaient pas leurs codes avec eux. Et, de toutes les manières, ils ne peuvent reprendre la parole après la Maire...
Pierre de Saintignon a peiné à expliquer la grande simplicité du système. Il est pardonné ! Alors, voilà. Le CRELI devant au mieux refléter la réalité démographique des étrangers à Lille, il est attribué un nombre de sièges différent selon les nationalités tout en veillant à la parité entre hommes et femmes et une juste répartition sur l'ensemble du territoire de la commune. Le CRELI comportera donc 120 membres. Chacune des 30 nationalités les plus présentes à Lille disposera d'un siège d'office par tirage au sort. Pour le reste, les sièges seront répartis à la proportionnelle, c'est à dire, en fonction de l'importance de chaque nationalité. Ainsi, il y aura 29 marocains, 27 algériens, 4 tunisiens, 2 ivoiriens, etc. Comment seront-ils "élus" ? Cela se complique encore ! Soit par tirage au sort, soit par désignation du Maire sur proposition des présidents de Conseil de Quartier. Mais tiré au sort de quoi ? Car, par définition, ils ne figurent pas sur les listes électorales. Et, il est illégal de tenir un fichier avec la nationalité comme critère. Alors ? La Mairie va inciter les étrangers qu'elle connaît à faire acte de candidature et tirera au sort parmi eux (quel suspens !) et les autres seront directement choisis par Martine. Ensuite, le CRELI pourra donner des avis. C'est beau la démocratie participative...