L'affaire Cassez est quasiment devenue une affaire d'Etat. Président Sarkozy a reçu la famille de cette jeune femme incarcérée au Mexique tout en demeurant très en retrait. Il restera attentif... En réalité, nul ne sait ce que contient réellement le dossier de Florence Cassez mais la presse française, unanime, prend fait et cause pour son innocence. Certains journalistes vont jusqu'à comparer cette affaire avec la détention d'Ingrid Betencourt prise en otage par les Farc en Colombie... On perd toute mesure.
Encore une fois, on assiste à un emballement sans le moindre contrôle. Feu à volonté contre la justice mexicaine qui a condamné sans preuve une petite française (Ah, la justice exotique !). Peu importe les vérités, l'essentiel c'est toujours de verser dans le sensationnel. Ainsi peut on lire dans le quotidien gratuit "20 '":
"Non content d'avoir obtenu la condamnation de la jeune béthunoise à 96 ans de prison le mois dernier, le parquet de Mexico a fait appel de la décision. "Ils estiment que la peine infligée n'est pas assez sévère, c'est de l'acharnement" s'emporte Franck Berton l'avocat de Florence Cassez"
Les salauds ! Rendez-vous compte, le parquet mexicain veut une peine plus lourde encore que 96 ans de prison. C'est dire que ces gens-là manquent totalement de raison et d'humanité. Inouï, insupportable, scandaleux !
Sauf que... tout est faux.
- Florence Cassez n'a jamais été condamnée à 96 ans de prison mais à une peine de 20 ans (concrètement elle est libérable dans 8 ans). Bien sûr, c'est beaucoup trop si elle est innocente. Mais, écrire et répéter sans cesse, à tort, que la jeune femme a été condamnée à 96 ans de prison, c'est peut être vendeur pour les journaux mais c'est complètement faux.
- Affirmer que le Parquet en veut encore plus que 96 ans est donc complètement idiot.
- En France, quand un prévenu relève appel d'un jugement, systématiquement le Procureur forme appel à son tour. La presse ne s'en émeut jamais et c'est bien normal. Puis à l'audience, le Parquet est libre de requérir la confirmation de la peine, son aggravation ou une diminution. Il semble bien qu'il en soit également ainsi au Mexique. Florence Cassez ayant relevé appel, le parquet suit logiquement l'affaire. Rien d'anormal. Ecrire que le parquet mexicain s'acharne est donc un complet contresens.
Ce genre d'article qui vise à soutenir la jeune française sans retenue ne peut malheureusement que provoquer l'effet opposé à celui escompté. Les autorités mexicaines ont désormais beau jeu de rétorquer que la défense de l'accusée soutient vraiment n'importe quoi et qu'elle manque donc totalement de crédibilité quand elle clame son innocence.
Et le Mexique peut clamer haut et fort qu'elle n'a pas de leçon de Justice à recevoir en chantant:
"Sous le soleil d'Outreau"...