Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
On peut lire dans le quotidien Libération un intéressant article consacré au débat parlementaire sur la protection des sources des journalistes dans lequel figure la phrase suivante:
"Aurélie Filippetti, porte-parole du PS à l'Assemblée nationale: "Qu'en aurait-il été de l'affaire Outreau si Florence Aubenas n'avait pas alerté l'opinion publique sur les erreurs de l'instruction ?" demande t-elle."
Bien lancé ! On tremble effectivement d'effroi. Qu'en aurait-il été en effet ? Non, mais !
Libé livre l'info à l'état brut, sans commentaire inutile. Le lecteur appréciera ou... rectifiera de lui-même.
Cette belle intervention de la députée socialiste à la gloire de la courageuse Florence Aubenas n'a rien à voir avec le débat. Il n'a jamais été demandé à un chroniqueur judiciaire qui se borne à relater avec ou sans talent les rebondissements d'un procés public de dévoiler ses sources !
Il est surtout fort de café d'attribuer à l'éminente Florence Aubenas une quelconque alerte de l'opinion alors même que son journal, Libération, n'a jamais douté de la culpabilité des accusés d'Outreau présentés comme sales, affreux et méchants (c'était avant la Chti mania) jusqu'à ce que au cours du procés à Saint-Omer n'éclatent au grand jour les invraisemblances de l'affaire. Ce n'est qu'après, et sans la moindre autocritique, que la grande journaliste a pris fait et cause pour l'innocence des accusés. Ce n'est qu'après son retour rocambolesque d'Irak que l'héroïque journaliste a enquêté sur l'affaire pour écrire son livre au titre évocateur "La méprise" alors que le dossier avait abouti à un acquittement généralisé.
En résumé, quand les juges pensaient que les accusés étaient coupables, Florence Aubenas le pensait aussi. Quand les juges ont douté, Florence Aubenas a douté à son tour. Quand la justice a reconnu son erreur, Florence Aubenas n'écoutant que son courage a dénoncé les errements judiciaires de l'affaire...
On est tout demême assez loin du "J'accuse" de Zola.