Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
A ma droite, 
Amar Lasfar jubile comme un gamin facétieux. Il n'est pas peu fier du mauvais tour joué à Lakhdar Bélaïd (à ma gauche). Le journaliste de la Voix du Nord, par ailleurs auteur du livre remarquable "Mon père ce terroriste", n'a pu assister à la conférence que donnait l'islamologue sulfureux Tarek Ramadan à la mosquée de Lille-Sud. Le reconnaissant dans l'assistance, Amar Lasfar l'a fait illico presto chassé de la mosquée. Deux malabars l'ont promptement saisi sous les aisselles et Lakhdar s'est retrouvé penaud sur le trottoir verglacé de la rue de Marquillies. Une opération rudement menée dans l'indifférence remarquée de ses collègues de la presse régionale qui n'ont pas eu, sur le coup, le réflexe de manifester une quelconque solidarité avec la pauvre victime de l'expulsion. Mais qu'a donc fait Lakhdar Bélaïd pour faire l'objet de cette fatwa ? Ce ne sont sûrement pas ses papiers dans La Voix du Nord qui ont provoqué ce furieux courroux sous les minarets lillois.
Suite à l'incident, Amar Lasfar a rencontré ce samedi Jacques Harduin, le PDG de La Voix du Nord. "Je suis bien évidemment favorable à la liberté de la presse et tous les journalistes de la Voix du Nord sont les bienvenus. Tous ! Sauf, un. On peut quand même recevoir qui l'on veut, non ,"a martelé le bouillant président de la Ligue Islamique du Nord face au PDG médusé. Et si Lakhdar est persona non grata, c'est qu'il n'aurait pas toujours fait preuve d'une déontologie scrupuleuse. Le contentieux est pourtant ancien. Mais amnésie et amnistie ne sont pas de rigueur à la mosquée. En clair, il en a marre Lasfar (oups !) des journalistes qui se présentent à lui sous une fausse identité et qui la jouent "c'est le frère musulman qui te parle, pas le journaliste".
Bien sûr, tout en rigolant de cette farce, les journalistes se solidarisent officiellement avec leur collègue et dénoncent une intolérable atteinte à la liberté de la presse. Du coup, "l'abominable Lakhdar" (c'est ainsi que ses confrères parlent de lui, ce n'est pas moi) est devenu une petite vedette adulée, une mascotte en quelque sorte. Lors de la cérémonie des voeux à la presse, Chti'Tine s'est même assise à côté de lui. Sacré Lascar !