Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
"Qui connaît Eric Besson ?". La question assassine de Ségo la Poitevine durant la campagne présidentielle est largement dépassée. Oui, on le connaît bien maintenant, Monsieur Besson. Sans se trahir, il succède à Brice Hortefeux pour gagner le concours géant des reconduites à la frontière. Une grande bataille du chiffre. Un tableau de chasse fièrement affiché à l'heure du bilan en fin d'année. Sans se trahir ? Je le crois. Le PS n'a pas en la matière (comme dans d'autres domaines) de politique alternative. Lionel Jospin ne voulait pas - même symboliquement - abroger les lois Pasqua. Et les lois de Jean-Pierre Chevénement ? A l'époque, j'avais proposé au député Bernard Roman une série d'amendements pour garantir plus de dignité, d'humanité, de respect des droits humains. Bernard les a courageusement soutenus devant la commission des lois à l'Assemblée. En vain. Guy Hascoët, député Vert, avait à son tour tenté de faire passer quelques modifications que je lui avais préparées. Sans plus de succès. La majorité des socialistes voulait une loi stricte, un texte musclé, une règle intransigeante. La gauche voulait paraître plus implacable que la droite...
Eric Besson, donc, fait actuellement une promotion inattendue du film "Welcome" en assenant qu'il ne faut surtout pas aller le voir... Cela éveille forcément la curiosité. L'histoire se déroule à Calais et l'acteur Vincent Lindon aide un jeune migrant à préparer sa traversée de la Mer du Nord à la nage pour retrouver à Londres sa bien aimée. Emouvant. Le réalisateur du film, Philippe Lioret, est vilipendé par Besson pour avoir osé comparer la situation actuelle avec celle des juifs et de la police de Vichy. Bien sûr, comparaison n'est pas raison. Nos "sans-papiers" ne risquent guère une extermination dans des camps de la mort. Quelques drames humains tout de même, à ne pas négliger (1). Bref, Philippe Lioret a expliqué que la comparaison valait pour ceux qui aidaient par compassion des migrants irréguliers et désespérés qui risquent la prison. C'est vrai. Il évoque aussi les méthodes policières déshumanisées. Pas faux ! Il me souvient un fonctionnaire de la Préfecture du Nord me confiant ennuyé "Maître, j'ai un stock de 32 Sri lankais sur les bras". Oui, un "stock" (2). C'est vieux comme souvenir. A l'époque, la gauche était au pouvoir...
1- Les militants de la cause des sans-papiers exagèrent eux aussi. Ils ont souvent soutenu que les malheureux expulsés se retrouvaient en prison dans leur pays d'origine. De fait, j'ai rencontré à la prison d'El Harrach, dans la banlieue d'Alger, un ancien clandestin refoulé récemment de France. Mais de la prison, il en était 'un des ...gardiens.
2- "Stock": quantité de marchandises en réserve (le Petit robert)