Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
A l'occasion d'une procédure d'agression sexuelle actuellement pendante (Ce n'est pas un vilain jeu de mots, c'est du langage judiciaire), l'épouse du déviant a du relater aux enquêteurs les pratiques intimes du couple. "La fellation, je n'aime pas çà, alors il en a droit à deux fois par an, c'est tout" détaille la généreuse. On ne sait si l'heureux bénéficiaire a le choix dans la date ou si la prestation s'exécute de bonne grâce à date fixe: Joyeux Noël, Bon Anniversaire, mon chéri ! Bref, cette anecdote n'a pour seul intérêt d'introduire ici un sujet complexe que je ne vais qu'effleurer: le droit à la sexualité.
Mon attention a été attirée par une pétition de féministes qui s'insurgent contre une pétition
en faveur des handicapés laquelle évoque un droit à la ... sexualité. C'est fou ce que les droits se multiplient de nos jours ! Les droits fondamentaux se limitaient au droit au travail, à l'éducation, à la santé... Désormais, on a des droits à tout, et le reste. Droit aux loisirs, aux vacances, etc. Et se ce droit n'est pas acquis peut-on exiger des pouvoirs publics qu'il en assure l'effectivité comme le droit opposable au logement ? J'ai, par exemple, le droit de passer mes vacances sur une île déserte avec la plus jolie fille du monde. C'est incontestable, si, si, j'en ai le droit, qui peut le dénier ? Mais, si la demoiselle en question n'y consent guère (je vous rassure, au cas présent, elle acquiesce), va t-on l'y contraindre pour satisfaire mon droit légitime ? Bien sûr que non. On discerne bien la limite de ses proclamations enflammées aux droits à toutes choses. Alors, revenons à notre sujet.
Un collectif d'associations spécialisées dans la défense des droits des handicapés (On y retrouve notamment l'Association des Paralysés de France ou Handicap International) a adopté une charte réclamant une "assistance érotique et/ou sexuelle" en faveur des handicapés avec pour programme:
"La définition de l'assistance érotique, de l'assistance sexuelle et de leur cadre éthique.
L'élaboration de références métiers, de compétences et de formations.
La mise en place de services d'assistance adaptés"
Cette charte a été suivie logiquement d'unmanifeste plus précis pour la création d'un service d'accompagnement affectif et sexuel réclamant haut et fort:
"la mise en place et la reconnaissance en France d’une nouvelle profession, l’accompagnant érotique et sexuel : un professionnel strictement sélectionné, aux qualités humaines avérées, dûment formé à l’assistance sexuelle et devant rendre des comptes à un organisme gestionnaire. Sa mission doit permettre, au cas par cas, à une personne en situation de dépendance de vivre une expérience intime, érotique, sexuelle, sous la forme d’apprentissage éducatif, de caresses, d’initiations à la masturbation, d’une conduite à l’orgasme."
Nouvel emploi, nouveau service !
Régulièrement, nos gouvernants pensent à lutter contre le chômage en promouvant des nouveaux métiers d'accompagnement aux personnes en difficultés. L'assistant(e) érotique à vocation sociale deviendra t-il un nouveau métier ? Payés en chèques "emploi-service" ? Avec des financements publics ? Il faudra donc ouvrir des écoles pour assurer la formation adéquate des futur(e)s expert(e)s (avec une large place consacrée aux travaux pratiques) qui délivrera un diplôme après l'avis d'un jury spécialisé. Il convient également de prévoir quelques spécialités car on ne peut risquer des pratiques discriminatoires. Il faut effectivement penser aux handicapés homosexuels qui ont aussi des droits !
J'imagine déjà quleques revendications nouvelles. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Toute personne en mal d'affection et de plaisir, les moches, les déprimés, les timides, les détenus, les veuves et veufs (la liste peut être longue !) ont aussi droit à un petit câlin subventionné à domicile, non ? Au nom de l'égalité des droits, la mesure s'impose, assurément.
Nom d'une pipe ! On s'achemine donc vers un véritable droit au sexe garanti par l'Etat. Ainsi, petit retour à notre introduction, notre homme dont l'épouse ne consent qu'à deux fellations annuelles ne devrait-il pas, lui aussi, bénéficier des services d'une assistante érotique à vocation sociale ?
Et la morale dant tout cela ?C'est qu'il n'y en a plus ! Je comprends bien le souci de nos braves pétitionnaires préoccupés par le bonheur des handicapés dont les souffrances et les carences sont indéniables. Mais, au risque de paraître ringard, je m'interroge: Souhaiteraient-ils que leurs enfants ou conjoints fassent carrière dans ce nouveau métier ? Je n'attends pas de réponse. Ils ont aussi le droit au...silence.