Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
A peine apprend-on la venue de Dieudonné à Wazemmes pour un spectacle mobile à bord d'un autobus que la polémique flambe. Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) demande l'interdiction de ce spectacle.
Dieudonné ne me fait plus rire du tout. Mais cette curée contre lui me gêne et m'inquiète. Charles Sulman, le Président du CRIF régional et ancien élu à la Mairie de Lille s'explique: "Il a une attitude antisioniste et violemment contre les Juifs". Attention aux amalgames ! L'antisionisme n'est pas un délit mais une position politique parfaitement légale à la différence de l'antisémitisme qui constitue une infraction. Une "attitude antisioniste" n'est pas condamnable. L'antisémitisme est insupportable. Et Charles Sulman annonce "Je demande l'interdiction du spectacle. Je ne pense pas qu'il ait sa place à Lille, une ville solidaire et fraternelle qui ne peut pas accepter ses dérives." Le président du CRIF demande au Maire de prendre la mesure qui s'impose. Partout en France, peut-être, mais à Lille, hors de question ! Curieux...
Le spectacle que propose l'artiste à une cinquantaine de Lillois est une pièce de théâtre "Sandrine" traitant des déboires d'un homme après divorce et des violences conjugales. Je me trompe peut être mais cette pièce là n'a pas fait polémique et aucune plainte n'a été déposée contre Dieudonné à l'occasion de ce spectacle en particulier.
Certes Dieudonné a déjà eu à répondre devant les Tribunaux et doit encore être jugé dans les prochains jours. Mais, à ma connaissance, il n'a pas été condamné à vie à ne pouvoir se produire en spectacle ! Ceux qui n'apprécient guère le personnage, et j'en suis, ne sont nullement contraints de s'acheter un billet. L'homme a le droit comme tout à chacun de s'exprimer librement et ce, bien évidemment, dans les limites de la loi. On ne peux condamner a priori, préventivement, et éternellement quelqu'un qui a fauté dans le passé sous prétexte qu'il est en capacité éventuellement de récidiver. Ou alors, on ne vit pas plus en démocratie.