Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
France 2 nous a servi la retransmission en direct de la pièce de théâtre mise en scène par Robert Hossein qui se croit toujours pédagogue: "L'affaire Seznec: c'est vous qui allez le juger". On connaît le long combat médiatique mené depuis des décennies en faveur de l'innocence de Guillaume Seznec au point que certains croient que "Seznec" veut dire "erreur judiciaire" en breton ! Je ne me prononce pas sur le fond. Mais sur la forme, cette dénonciation d'une justice imparfaite aboutit à une véritable caricature de justice. Ainsi donc, on nous promet une reconstitution fidèle du procès. Mais, le vrai procès s'est déroulé sur 10 jours et la pièce dure moins d'une heure trente. Or, dans un vrai procès, tout compte: le temps, les silences, les gestes, la lassitude. On ne peut se contenter d'un "condensé" pour croire que c'est exactement comme le vrai procès. Puis dans la pièce, le Président et l'Avocat Général se trouvent sur les mêmes bancs alors que la place du Président est occupé par un journaliste qui commente... Plus grave: le public juge ! Et le procès tourne à la Star Académie ou une sélection de Miss France ! Sauf qu'en plus, on nous invite à voter dès le début des débats judiciaires sans même attendre la fin... Et ce n'est pas tout. Une fois les débats clos, on nous accorde 10 secondes pour prendre position. Quelle justice ! Un vrai jury prend le temps de délibérer, c'est à dire que les jurés échangent, discutent, analysent, confrontent leurs positions et impressions durant au mois une heure et souvent d'avantage avant de voter. Et les jurés ne s'amusent guère; ils savent que leur choix aura des implications immédiates sur la vie d'un accusé. Pire encore ? Oui. On pose au spectateur un choix: "coupable, tapez 1", "innocent, tapez 2". Faisant fi des régles élémentaires d'un procès équitable. Une Cour d'Assises ne déclare jamais l'innocence de l'accusé: une innocence qui n'a pas à être prouvée. Bref, in fine, le public qui a toujours raison a voté l'innocence à plus de 90% des voix. Sur quel fondement ? Peu importe ! Et cela se voulait pédagogique...