Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
Le "Woerthgate", c'est grave ? Sûrement ! Voilà donc que le "socialiste" Michel Rocard et Simone Veil s'en mèlent et prennent la plume ensemble dans les colonnes du Monde pour s'insurger: "Halte au feu !"
"Nous souhaitons dire cela avec d'autant plus de force et de gravité que le monde dans lequel nous vivons donne ces temps-ci, de la scène sportive à la scène médiatique, suffisamment d'exemples d'intolérance et d'intempérance pour que les responsables politiques s'abstiennent d'apporter du grain à moudre à la broyeuse populiste.
Mesure-t-on bien les effets dévastateurs du spectacle affligeant qui se donne jour après jour devant l'opinion autour de "l'affaire Bettencourt" ? Veut-on définitivement démonétiser une parole politique déjà suffisamment dévalorisée, décriée, diminuée ?
Les sondages nous disent ces jours-ci que nos compatriotes trouvent cette "affaire" grave. Grave, elle l'est d'autant plus en effet que les représentants des institutions les plus éminentes de notre pays - présidence, gouvernement, Parlement, justice - se trouvent interpellés, parfois en des termes plus qu'inappropriés, par des responsables politiques plus soucieux de leur carrière que de l'intérêt public. Qu'ils soient de droite ou de gauche, aux affaires ou dans l'opposition.
Comprenons-nous bien : chacun a parfaitement le droit, et même le devoir démocratique, de dénoncer, ou de défendre, telle ou telle situation de cumul de responsabilités, tel ou tel risque de conflit d'intérêts, tel ou tel motif de confusion des genres. Rien de plus normal, ni de plus sain, que cela : c'est l'essence même du débat politique en démocratie.
Mais débattre est une chose, vouloir à tout prix abattre l'adversaire en est une autre. Attaquer ad hominem, harasser sans relâche, dénoncer sans preuves, d'un côté comme de l'autre, ce n'est pas servir le débat, c'est desservir la démocratie, l'affaiblir et finalement l'asservir au nom même des principes que l'on croit si bien défendre. C'est porter atteinte à la dignité de la personne, c'est porter un coup à la politique, à la République.
N'oublions pas que le mot "république" vient de la res publicalatine, la "chose publique", qui désigne l'intérêt général et le fonde en principe supérieur à tous les autres.
Aussi, reprenons quelque hauteur, ne cédons pas aux facilités rhétoriques et aux emportements à visée scénique, cessons les excès de tous ordres et débattons. Dignement."
Voila donc. Dans cette tribune aucun mot n'est consacré au Ministre des retraites, il s'agit d'une affaire "Bettencourt"... Il faut donc que les parlementaires cessent d'éxiger d'Eric Woerth la moindre explication ou information. Il ne faut plus "apporter du grain à moudre à la broyeuse populiste" !!! La démocratie est en danger; non pas du fait d'un ministre soupçonné d'actes répréhensibles, non ! A cause de ceux qui s'interrogent !!! "Halte au feu !' clament nos deux pétitionnaires qui en gros dénoncent les pompiers pour laisser tranquille l'incendiaire...