Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
A l' heure où j'écris ces quelques lignes, la page Facebook "soutien au bijoutier de Nice" a rassemblé près d'un million de soutiens chez les internautes. Un million ! Du jamais vu. Une telle mobilisation populaire en faveur d'un meurtier fait froid dans le dos et partout ailleurs. On le sait, le bijoutier a été victime d'un cambriolage violent et cela traumatise. Certes. Mais, les faits sont établis, l'honnête commerçant a tiré avec son pistolet sur l'un des deux braqueurs en fuite. Une balle dans le dos. Bref, un meurtre. Il n'y a pas de légitime défense. Il n'y a pas d'avantage d'autodéfense. Non, il s'agit de vengence, de punition, de réglement de compte. Faut-il accorder un permis de tuer aux victimes de vols ? Doit-on affirmer que l'on puisse se faire justice soi même ? Faut-il rétablire la peine de mort sans jugement ? Un million de français l'affirment sans ambage et cela fait peur. Les commentaires qui fleurissent sur la page Facebook soutenant le bijoutier mis en examen pour homicide volontaire mais ayant échappé à la détention provisoire (il est placé sous surveillance électronique), sont hallucinants. "On est jamais mieux servi que par soi même", "Le seul reproche que je fais au bijoutier, c'est qu'il en a loupé un"... Plusieurs internautes réclament que lui soit accordé la légion d'honneur.Rien de moins. "C'est la meilleure solution pour que la racaille apprenne les règles" souligne un commentateur. Bref, c'est le farwest. L'éducation par le meurtre. La prévention par la mort. Le Front National s'empare de cette mobilisation. Mais aussi, l'UMP. Le maire de Nice en profite pour vouloir étendre le concept de légitime défense à ce genre de situation. Bref, armons nous les uns et les autres et réglons nos comptes dans le sang. On se souvient de Roger Giquel annonçant à l'ouverture de son journal télévisé pour dénoncer la délinquance "La France a peur". Aujourd'hui,je l'avoue, moi j'ai peur. Terriblement.