Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
Nombre de Français vivent avec le syndrome de Poitiers, le fameux "732 Charles Martel arrête les arabes à Poitiers" que tout écolier a ânonné sur les bancs de l'école primaire. Une date mythique que tout élève a appris par cœur au point de ne jamais l'oublier. La liste des dates éternellement enregistrées est pourtant très courte: 52, le siège d'Alésia où Vercingétorix capitule face aux romains mais avec les honneurs, 800 le sacre du sacré Charlemagne, 1515 le fameux Marignan, 1789 et la prise de la Bastille. L'écolier se souviendra également de Clovis et du vase brisé, de Jeanne d'Arc et son bûcher de Rouen, de Saint Louis rendant la justice sous son chêne, du massacre de la nuit de la Saint Barthélémy, de Louis le 14éme et bien sûr le grand Empereur Napoléon. Telle est l'imagerie de la grande histoire de France.
Les dates, les faits, les actes retenus ne sont pas forcément les plus signifiants de l'histoire de notre pays. Le débat est possible. Mais, il est certain que l'illustre "732" n'a pas sa place dans le hit parade des dates fondamentales de l'histoire de France.
Le "732" a imprimé l'inconscient collectif de notre pays. L'acte héroïque, en réalité une banale interruption de quelques cavaliers venus d'Espagne, symbolise la résistance à l'invasion arabe toujours vécue comme un danger effrayant. Ce Roi en personne a résisté vaillamment, avec l'aide de son fils qui le guidait "père à droite, père à gauche" afin de parer les coups des sauvages. Grâce à lui, la France est restée la France, terre de chrétiens civilisés. Un geste qui nous a modelé. Et depuis 732, nous devons mener bataille contre l'envahisseur arabe qui menace sans cesse de ravager notre pays avec ses mœurs barbares.
On ne disait pas à l'école que ces cavaliers venaient d'Espagne où ils faisaient la gloire de villes comme Cordoue, Séville ou Grenade. On ne nous enseignait guère les enchantements de l'Andalousie arabe. D'un coup d'épée viril, Charles Martel avait, à nos yeux, renvoyé les arabes au delà de la Méditerranée.