Avocat au Barreau de Lille et Président de la Maison de Quartier de Wazemmes, Pascal COBERT vous propose un regard décalé sur l'actualité et le débat d'idées.
Nouvelle action coup d'éclat pour le Comité des Sans Papiers (CSP 59). La vingtaine de sans papiers non régularisés après les 75 jours de grève de la faim (entre les repas, selon les mauvaises langues) de l'été dernier sont "invités" à effectuer une longue marche de Lille à Paris. A cettte occasion, le journal Nord Eclair s'est particulièrement distingué.
Nord Eclair nous explique d'abord que la police a procédé à l'expulsion d'un algérien devant participer à la marche 3 heures avant qu'il ne comparaisse devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) qui allait examiner sa demande de régularisation. Scandaleux, non ! Révoltant, même. Sauf que... Le JLD n'a en réalité aucune compétence pour statuer sur une demande de régularisation. Il ne peut que se prononcer sur la demande du Préfet de prolonger ou non la rétention en l'attente du refoulement. Seul le Tribunal Administratif a la capacité d'annuler un arrêté de reconduite à la frontière mais l'intéressé n'avait manifestement pas engagé ce recours. Le journaliste a donc naïvement donné écho à ce qui n'était qu'une... intox.
Ensuite, l'article nous explique les risques de provocations policières le long du parcours des marcheurs et le journaliste cite un Saïd Bouamama héroïque: " Bien sûr que NOUS avons peur, mais quand ON vit cette vie, il NOUS reste deux choses: la visibilité et la dignité " laissant ainsi croire que celui qui parle ainsi avec un courage digne d'admiration et de compassion est un pauvre sans papier luttant pour sa survie. Sauf que... Saïd Bouamama est un universitaire lillois, chercheur connu, sociologue subventionné et premier prix des droits de l'homme décerné par le camarade George Marchais (si, si) n'ayant bien évidemment pas de problème de séjour en France et qui n'était présent qu'au départ de la manifestation ! Encore une intox.
Mais il paraît qu'à Nord Eclair on apprécie cette règle d'or du journalisme: Ne jamais laisser un fait réel se mettre au travers d'une belle histoire...